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Le défi
Combattre ou renoncer ? 1870-1896
Un nouveau roman en préparation où vous retrouverez Jewell O’Connor, l’héroïne de « Cheveux-de-Feu » (Timée-Editions).
Il s’agit d’un nouvel épisode de cette aventure américaine au temps de la conquête de l’Ouest (et non d’une suite), les deux romans étant à la fois liés et indépendants.
« Le défi » (titre provisoire) évoque une part nouvelle de cette histoire tragique s’étirant de 1870 à 1896, avec des personnages du roman « Cheveux-de-Feu » mais, également, de nombreux nouveaux protagonistes.
En 1865, Jewell O’Connor commet un meurtre aux yeux des Blancs impardonnable. Une prime important est mise sur la tête de cette femme qui fait naître dans les esprits tout autant de fascination que de haine. Haine et fascination qui se répandent comme une trainée de poudre dans tout l’Ouest. La jeune femme traquée erre dans le l’ouest américain, et lutte pour survivre. Un chasseur de prime malfaisant, Wiley Hurt, va la prendre en chasse.
A New York, le fils de Jewell, Charley O’Connor (10 ans) lui aussi va être contraint à mener une lutte sans merci…
Tout comme Mat Peterson qui fera tout pour retrouver et sauver celle qu’il aime.
Le peuple Sioux, quant à lui, est soumis à un défi de taille : lutter ou renoncer. Mourir ou vivre en esclavage. Mettre ses dernières forces dans une guerre totale contre les Blancs maintenant incontournables par leur nombre et leur puissance, ou œuvrer pour une paix improbable au prix de leur terre et de leur âme… Des choix dramatiques, à la fois personnels et communs, où tout se paie au prix fort.
Des gangs de gosses perdus de New York à la ruée de l’or dans les Black Hills (montagnes sacrées des Sioux). De la dernière grande bataille menée par Sitting Bull et Crazy Horse contre le 7ème de cavalerie à la fuite, la reddition ou la révolte… Autant de défis sanglants et tragiques que les personnages de ce nouveau roman auront à surmonter.
Au terme de cette épopée, bien des années plus tard, que restera-t-il de ces destinées ?
Jewell, Charley, Mat et les survivants Indiens réussiront-ils à trouver une part de paix dans cet univers impitoyable ? Trouveront-ils l’amour et la rédemption ?
Enfin, sauveront-ils leur âme… ?
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Premières lignes :
Le défi
Roman
Premières lignes :
Je dédie ce roman à monsieur Clint Eastwood
Ici avec Chief Dan Georges (1899 - 1981) sur le tournage de "Josey Wales hors la loi" en 1976
"Il ne reste plus rien que le vent qui emporte tout, Dans les cendres qui volent leur âme qui plane partout, Il ne reste plus rien que l'écho de leurs chants c'est tout, Rien que moi et ma peine, Et je tombe à genoux"
Extrait de la chanson « Sitting Bull» de Calou
Prologue
Une Petite ville de l’Ouest accablée de soleil. Une fenêtre entrouverte sur une chambre d’hôtel miteuse, aux rideaux décousus. Un lit en métal sur lequel git une femme inconsciente. Fièvre...
Elle lutte contre une mer déchaînée qui veut l’engloutir, contre les vagues infernales qui déferlent sur elle. Poigne griffue et froide. Implacable. Sur le lit radeau prêt à sombrer, elle repousse avec rage les draps froissés et humides. Elle est le coquillage vidé de sa substance vitale, laminé par la main diabolique, soumis aux forces puissantes d’un univers où la souffrance et la mort se caressent comme des amants fourbes. La femme tourne son visage d’un côté, s’immobilise un instant, puis recommence, et tout son corps s’agite avec effroi. Elle n’a pas pris la peine de se déshabiller, elle n’a pas eu le temps. Pas eu la force. Son ceinturon muni d’un révolver est toujours attaché à sa cuisse gainée de toile sombre. Elle transpire abondement, et par moment tressaille. Sa chemise de coton colle à sa peau, laissant entrevoir la naissance de ses seins pâles et luisants. Ses yeux s’affolent sous les paupières… Elle se débat. Elle lève les bras, crispe ses mains sur le vide avant de les laisser tomber lourdement le long de son corps. Elle s’agrippe pour ne pas glisser de son cercueil flottant. Pour ne pas se laisser engloutir par les eaux noires. Les jointures de ses doigts sont blanches tant le désespoir la vide de son sang. Tant elle s’accroche à la vie… « S’il te plaît, ne m’abandonne pas, aide-moi ! » De très loin, le loup noir a entendu l’appel muet de la femme. Comme un fantôme, il glisse à l’ombre des bâtisses, et pénètre dans l’hôtel. Personne ne peut le voir, il est un souffle… Un effluve, une ombre. Il s’approche de la femme, lui sent la main, et se couche tout contre elle. Elle plonge sa main dans sa fourrure soyeuse et un sourire se dessine sur son visage livide. Elle a le don : elle seule peut percevoir sa présence, et sa chaleur, et son odeur sauvage. Elle est sauvée… Elle le sait. La créature hurle son courroux de ne pas pouvoir l'emporter dans son abysse. Plus tard, elle aura raison d’elle. Plus tard. Bientôt…
Chapitre 1 1870 Montana / Queen City
La Main Street[1] était bruyante en cette fin de matinée. Une fête battait déjà son plein. Une course de chevaux, un concours pour élire la plus belle vache à longues cornes, et un gigantesque barbecue réunissait tous les habitants de la contrée. Des rires, des cris. La musique s’élevait, et des cow-boys s’essayaient à quelques pas de danse aux sons des fiddles[2], guimbardes et harmonicas. Déjà éméchés, ils usaient de roulements de gorge pour accompagner les musiciens, et glapissaient tels des coyotes, tout en tapant exagérément des pieds et des mains. Ce n’était pas souvent que les habitants avaient droit aux réjouissances et ils avaient bien l’intention d’en profiter ! Les gosses endimanchés couraient dans tous les sens, au risque de se faire renverser par un chariot ou un cavalier fou. Les femmes s’étaient muni de leurs mouchoirs brodés et avaient fixé des voilettes à leurs chapeaux pour se protéger les yeux de la poussière et des mouches. Les messieurs n’étaient pas en reste et les melons sombres avaient été extirpés des boîtes tout droit arrivées d’Europe ; et pour d’autres, les chapeaux clairs à larges rebords –ceux qu’on sortait pour les occasions exceptionnelles– avaient remplacés ceux crasseux, jaunis par les intempéries et les vomissures des soirs de beuverie. Tous, modestes et notables, avaient lustré leurs armes et pansé leur meilleur cheval. Même s’il s’agissait d’une vieille bourrique fourbue ; ils lui avaient fait honneur ! Mais les regards se tournaient vers les mustangs de prix, les bêtes nerveuses et rapides promises à la victoire. C’était donc un jour spécial dans l’année, rompant avec la monotonie habituelle. Cette fête avait fait venir les ranchers de loin, bien au-delà de l’état. On oubliait un moment les préoccupations quotidiennes, cette ville de malheur aux multiples facettes. Un cloaque boueux, dès l’arrivée du printemps et de l’automne, dans lequel on s’enfonçait jusqu’aux chevilles ; et si poussiéreux l’été qu’on y respirait à peine. Sans parler des hivers glacials qui empêchaient les habitants de sortir des maisons, parfois pendant des mois… On oubliait le fumier, les ordures abandonnées ici et là, les odeurs nauséabondes s’échappant des arrière-cours, les mouches envahissant les habitations et colportant les maladies. On oubliait la violence d’un monde où les puissants régnaient en maître. Ceux ayant l’argent, la force physique, la rapidité au tir, l’absence de sentiments et de morale. Autant de dieux corrompus imposant la misère d’une vie trop brève à ceux trop pauvres, pourvus d’un cœur, d’une famille à protéger, ou pire… Des trois ! On oubliait aussi les Indiens rôdeurs qui pillaient les diligences après avoir étripés les voyageurs. Ceux qui brûlaient les fermes alentours, éventraient et scalpaient. Rester en ville, malgré la boue, la poussière et la puanteur, c’était éviter de se faire tuer, ou pire encore. Donc… Mais, ce jour-là, les habitants ne pensaient pas à tout ça. C’était la trêve.
Toute à leurs réjouissances, ils ne remarquèrent pas ce cavalier qui longeait Wiley Hurt… Lorsque qu’il arrivait quelque part, chacun se taisait. Lorsqu’il parlait, personne ne savait à qui il s’adressait, rajoutant à l’effet de malaise. Qu’il soit nègre n’était plus un problème pour lui, depuis des lustres, et ceux assez inconscients pour s’en prendre à sa négritude n’avait guère le temps de jouir de leur animosité. Il était pire, bien pire. Bien plus rapide et impitoyable que n’importe lequel de ses détracteurs, potentiels et déclarés, ces derniers n’étant plus là pour en témoigner. Sa renommée le précédait, où qu’il aille, et seuls les fous avides de gloire osaient se confronter à lui. Cela faisait déjà quelques années qu’il avait abandonné son métier de détrousseur[3] pour celui de chasseur de prime. Moins risqué, souvent bien payé, et avec ce petit truc en plus : n’être plus le gibier, mais le chasseur. Ça valait son pesant d’or ce sentiment de toute puissance, cette chasse autorisée, et même récompensée. Wiley Hurt savait mieux que personne ce qu’était d’être soumis à la peur. Il savait ce que ressentait ceux qu’il traquait, comment réagissaient et pensaient les voyous et les faibles. C’était son arme fatale, et ce qui fait de lui le plus craint et convoité des chasseurs de prime de tout l’Ouest. Certains payaient des petites fortunes pour l’engager comme mercenaire. Oui, il savait… Là-bas, en Virginie, c’est esclave qu’il était né quarante ans plutôt. A douze ans, il se mit en tête de fuir cette vie de misère. Il décampa pour la première fois, une nuit sans lune. Les hurlements sinistres des chiens sur sa piste, il ne put jamais les oublier. Il tenta de se cacher, d’échapper au flair des bêtes qui le traquaient, mais fut rapidement rattrapé et cruellement mordu au visage. Il lui en restait de nombreuses cicatrices, rajoutant à son aspect sinistre. Battu et fouetté, séparé de son frère, vendu et revendu, l’innocence et la foi désertèrent son être. Un jour, il réussit à gagner sa liberté, au prix fort de sa souffrance et de sa colère. Alors, il tua et détroussa, encore et encore. Au fil des années, il perfectionna sa violence et sa perversion. Ces méfaits ne le soulagèrent pas de sa haine totale envers le genre humain, quelque soit la couleur, le caractère, l’ambition, la condition, la bonté ou la malveillance de la personne ayant le malheur de croiser son chemin. Attrapé suite à un hold-up raté, il échappa de justesse à la pendaison grâce à un juge abolitionniste avide d’exprimer son idéalisme à travers lui. Ce dernier ne vit pas le tueur et l’esprit pervers de Hurt, mais sa couleur, et pour une fois cela lui porta chance. En contrepartie de sa liberté, ce dernier lui proposa un marché : travailler pour lui et devenir chasseur de prime, pour traquer les derniers rebelles de l’armée sudiste et les bandits de la région. Belle revanche ! Wiley Hurt s’exécuta avec plaisir et débuta sa nouvelle carrière. Il ne ressentait qu’un seul sentiment : la rancune. Une seule motivation : le désir de faire souffrir et de punir ce qu’on lui a fait endurer. Pour lui, tous les hommes et toutes les femmes se ressemblaient. Son univers était vide de la moindre parcelle de compassion. Un univers où il régnait sans condition. Délicieusement seul dans sa toute puissance. N’ayant jamais oublié les meutes de chiens de son enfance, ceux qui pourchassaient impitoyablement les fugitifs, il en avait dressé un pour la traque, capable de flairer et suivre une piste humaine pendant des jours. L’animal était énorme, un mélange de races indéfinissable, et tout aussi inabordable que son maître. Il avait été, lui aussi, élevé dans la haine des hommes et personne n’échappait à ses morsures redoutables, sauf si son maître lui signifiait d’un sifflement bref qu’il ne devait pas bouger. Pour cela, lorsqu’il arrivait en ville, Hurt ordonnait au molosse de l’attendre à l’écart de la ville. Le chien avait appris à ses dépends qu’on ne désobéissait sans le payer chèrement. Il se couchait alors, et attendait, des jours s’il le fallait, la langue pendante et l’œil à l’affût. Seules la faim et la soif avaient raison de sa patience, et il partait alors à la recherche d’un gibier ou d’un point d’eau. Malheur à qui, homme ou bête, croisait alors son chemin car il ne faisait aucun quartier. Bien des victimes égorgées, homme ou bêtes, furent attribués aux loups alors que c’était l’œuvre de ce chien sans nom, compagnon de tuerie de Wiley Hurt.
Lorsque le chasseur de prime entendit parler de cette Jewell O’Connor, recherchée pour meurtre et trahison, il eut un vif intérêt et décida de se mettre en chasse. Wiley aimait les gibiers de choix. Déjà, c’était une femme, et jamais il n’avait eu affaire au beau sexe dans le cadre de sa profession, comme il était de coutume de dire dans les salons huppés de son sud natal. Il connaissait les putes de saloons, les filles faciles et vulgaires. Pour s’amuser, il en avait déjà défiguré quelques unes. Pourtant, son esclave de mère n’était pas malveillante avec lui, juste une pute elle aussi. Celle du propriétaire de l’exploitation de coton à laquelle elle avait été vendue. Wiley était le fruit avarié de cette infamie. Son père était blanc comme la craie, mais lui n’était qu’un nègre de plus, jamais reconnu. Le jeune Wiley haïssait sa mère de s’être laissé prendre par cet homme-là, comme une chienne, et de se soumettre encore et toujours. Courber l’échine, ouvrir les cuisses… Elle mourut de la tuberculose alors qu’il n’avait que dix ans, après lui avoir tout dit de ses origines. Sans doute, avait-elle voulu le rassurer, lui faire part de cette identité dont il était privé. Pour lui, c’est un gouffre qui s’était ouvert sous ses pieds, et le début de sa descente aux enfers, là où il sombra et lia un pacte infernal avec le Diable. Oui, cette nouvelle proie avait eu un parcours étonnant, presque autant que le sien, et une personnalité dépassant tout ce qu’il n’avait jamais connu jusqu’à présent. Elle avait vécu parmi les sauvages, avait tué et scalpé le maire d’une petite ville du Dakota, Butler Ville. Scalpé… Il aurait bien voulu voir ça… Elle lui plaisait, et il était curieux de se retrouver face à elle, même si son seul et unique but était ensuite de la livrer aux autorités, et d’empocher les mille dollars de récompense. Avant, il aurait bien le temps de s’amuser un peu avec elle… Avant de la tuer. Mort ou vif, il ne se laisserait pas déposséder de ce plaisir.
La traque l’avait amené jusqu’à cette ville minable du Montana, au nom pompeux de Queen City. Cela faisait déjà plusieurs mois qu’il la suivait, que le molosse trouvait sa trace, pour la perdre de nouveau. Elle était maligne, savait se cacher, effacer ses traces, lui échapper alors qu’il pensait l’avoir à sa merci ; et la jouissance qu’il en tirait n’en était qu’accrue. Un jour, il avait pris en chasse un Indien, mi Apache mi Mexicain. Jamais il n’avait mis autant de temps à capturer un fugitif… Ni pris autant de plaisir à le tuer. Jusqu’à cette O’Connor, cette sauvageonne diablement futée. Ces Indiens de malheur savaient y faire, et même si cette femme était Irlandaise de sang, ses années passées parmi les sauvages en faisait un gibier de choix. Malgré tout, il le savait, le piège se refermerait bientôt sur elle, et son obstination aurait raison de sa résistance. Il sentait qu’elle s’épuisait, il humait sa peur, sa faiblesse, et autre chose qu’il avait encore du mal à définir. Personne ne lui échappait. Personne… © Sylvie Wolfs
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