Quelques mots de l'auteur
 
 

                                                         

Lors de ma première entrevue chez Timée-Éditions, une question m’a été posée qui m’a interpellée : « Que préférez-vous le plus, les Indiens, ou l’écriture ? ». Sur le moment, je n’ai su que répondre. Si je ne devais garder qu’une seule de ces deux passions,  je serais bien embarrassée.

L’écriture offre une immense liberté d’action (tout est possible, à partir de son imaginaire, d’une part d’histoire, et d’une simple page blanche). C’est un moyen d’expression et de partage. Je n’écris pas pour moi-même, mais pour les autres. C’est à la fois un acte généreux et individualiste qui m’a menée au fil des mots, des phrases… Des pages… À une profonde satisfaction de pouvoir offrir cette histoire indienne au plus grand nombre. Grâce à Timée-Éditions qui m’a suivie sur ce chemin aventureux, ce roman a vu le jour comme un petit miracle.  

 J’ai osé regarder en face l’histoire sanglante et terriblement violente sur laquelle  l’Amérique s’est construite ; de bain de sang en bain de sang, le tout porté par une profonde incompréhension entre deux mondes que tout opposait. À l’arrivée des premiers colons Européens, le continent américain était habité de nations aussi nombreuses que distinctes, que l’on a nommés les Indiens d’Amérique. Durant plusieurs siècles, les Européens puis les Américains ont eu une attitude impitoyable envers les Amérindiens : guerres, déportations, massacres, dévastations ou vols des territoires, alliances non respectées, etc. Ces même Européens ont apporté avec eux les maladies qui ont été des alliées redoutables.

C’est la mort qu’ils ont apportée avec eux…

Les images du bon et noble sauvage, ou du même sauvage cruel et sanguinaire, habitent notre imaginaire. Mais, au-delà, il s’agissait d’hommes et de femmes qui ont subi une invasion, une guerre totale, et qui n’ont pu s’en protéger, malgré leur courage et leur détermination farouches.

Certains parlent de génocide (non reconnu en ce qui concerne les Amérindiens), d’autres évoquent un ethnocide. Le résultat final est la disparition d’un mode de vie, l’écrasement systématique et volontaire de peuples qui ne répondaient pas à la vision Chrétienne de la « civilisation » et de la « vraie religion ». Aucun choix ne leur était offert, sinon se soumettre, abandonner leur identité, leur culture, ou mourir.

Il est étonnant de constater, malgré l’oppression dont ils ont été et sont toujours les victimes, qu’ils aient souvent réussi à conserver cette identité dont on a voulu les dépouiller pendant plus d’un siècle, avec acharnement et brutalité. J’admire leur rébellion d’hier et leur résistance d’aujourd’hui. Certaines nations, comme les Lakotas, osent  élever la voix et dire « non » au gouvernement américain : « Nous ne sommes plus citoyens des États-Unis d’Amérique et tous ceux qui vivent sur notre territoire sont libres de nous rejoindre », a déclaré, mercredi 19 décembre 2007, Russel Means, représentant des Indiens Lakotas, à Washington. C’est cette combativité et cette foi en eux-mêmes qui sont leur force depuis toujours.

 Mon amour véritable va aux Indiens d’Amérique et je suis heureuse que ce soit cet amour-là qui m’ait ouvert les portes de l’édition. Pour moi, cela a un sens véritable. Cet attachement m’a accompagnée et aidée à me construire, grandissant avec moi. La représentation romantique de l’enfance, puis de l’adolescence, s’est muée au fil du temps en un intérêt profond pour leurs magnifiques coutumes et spiritualité. C’est une grande richesse et un soutien permanent dans ma vie, qu’il est difficile d’exprimer par des mots.

Plus globalement, à l’heure d’une soudaine prise de conscience écologique face au réchauffement climatique, sur une terre en train de mourir de cette même arrogance et cupidité dont les Amérindiens ont été la proie il y a 150 ans, notre avenir –aujourd’hui si incertain – se fera seulement si nous adaptons nos comportements et si nous nous mettons enfin à l’écoute des rythmes de la nature. Cette sagesse n’est autre que celle que les peuples amérindiens portent en eux depuis toujours et que nous avons toujours voulu ignorer.

Étonnante raillerie du destin que nous soyons aujourd’hui amenés à revenir à plus de tolérance et d’humilité, si nous voulons survivre…

Les voix (et les voies) amérindiennes nous offrent un bel héritage.

Il nous suffit d’ouvrir nos oreilles, nos yeux, nos cœurs et nos âmes.

En serons-nous capables ?

Comme les Indiens d’autrefois et ceux d’aujourd’hui, il va nous falloir faire preuve de beaucoup d’opiniâtreté pour y parvenir…

Enfin…

Merci à Denis Lépée (Directeur de collection), à Lorraine Auffray (Directrice littéraire) et à tous les membres de l’équipe éditoriale de Timée-Editions. Merci à mon mari et mes enfants pour leur patience et leur soutien, à Slim Batteux pour les traductions en lakota, à Alain Bouchet pour ses conseils historiques. Merci aux indiens d’Amérique. Merci à mes futurs lecteurs.

Avec ma profonde gratitude.

 

 

Sylvie Wolfs, 2008

 

 

 

 

1 – Cheveux-de-feu est votre premier roman. Pourquoi vous vous êtes lancée dans cette aventure ? Y a-t-il eu un élément déclencheur récent ou bien est-ce le résultat d’une envie existant depuis longtemps ?

 

 J’ai toujours aimé l’écriture, mais sans aucune ambition particulière. Lorsque je me suis lancée -assez tardivement- dans l’écriture d’un roman, je ne savais pas si j’en étais capable (le tout n’est pas seulement de vouloir, mais aussi de pouvoir !). A 40 ans, je me suis retrouvée (comme beaucoup de femmes qui se sont consacrées à leur famille) à un « cap » et je me suis dit : « c’est maintenant ou jamais ! ». Mes cinq enfants grandissaient, avaient moins besoin de mon attention constante, et je ressentais la nécessité de faire quelque chose « pour moi », et qui me ressemblait…

Je ne pensais pas être en mesure d’intéresser un bon éditeur, … Réalisme, ou manque de confiance en moi-même, sans doute les deux !  J’ai malgré tout (et sans y croire vraiment) commencé à présenter mon travail à des éditeurs,  parmi les meilleurs (sinon cela n’a pas d’intérêt), donc les plus inaccessibles. Pendant 2 ans, j’ai essuyé refus sur refus (lorsque le manuscrit était lu). Il y a quelques mois, j’ai décidé de faire « la dernière tentative ». J’ai juste envoyé le lien de mon site Internet  à une vingtaine de maisons d’édition, et… Miracle ! Denis Lépée, de Timée-Editions, m’a répondu. Mon roman, en l’état (et j’en étais consciente) avait besoin d’être retravaillé, surtout au niveau de l’intrigue et de la construction. J’ai accepté de débuter un travail commun avec Denis, très enrichissant. J’ai franchi toutes les étapes et Timée-Editions a décidé de publier le roman lorsqu’il serait terminé. Aujourd’hui encore, à la veille de sa sortie, je ne réalise pas encore ma chance… C’est un immense bonheur. Un honneur aussi ! Les Indiens disent que  « l’homme devient ce qu’il rêve ». Mon cheminement personnel prouve qu’ils disent vrai.

 

2 – Comment vous est venu cet intérêt pour les Indiens d’Amérique ? Qu’est-ce qui vous passionne dans la culture amérindienne ? Avez-vous eu l’occasion de voyager dans ces paysages, ces anciennes terres indiennes ?

 

Mon intérêt vient de l’enfance. Les westerns que je regardais à la télévision le dimanche après-midi (au temps où la télé me faisait encore rêver), et les Indiens représentaient pour moi la liberté, l’équité, le courage, la générosité... Tout ce qui me manque aujourd’hui dans notre société dite « évoluée et moderne ». L’image romantique de l’enfance et de l’adolescence s’est muée au fil du temps à un réal intérêt pour leurs coutumes et spiritualité. Dans certaines épreuves de ma vie, la spiritualité amérindienne m’a beaucoup aidée, soutenue…Cela fait partie de moi, de ma façon de voir la vie, le monde, la mort également. Cependant, je précise que je ne suis pas une indianiste qui s’identifie aux Indiens pour exister, juste une passionnée qui essaie d’apprendre et de comprendre leur magnifique culture.

Non, je n’ai jamais voyagé sur les terres indiennes ; ni rencontré les Indiens (ceux dont je parle dans mon roman n’existent plus et si on me propose un jour un voyage dans le passé pour les rencontrer, je suis preneuse !) Mon outil premier est l’imaginaire. Par ce biais, je fais des voyages fantastiques qui me suffisent largement. Ensuite, j’écris, pour partager. Je suis assez solitaire et casanière, j’aime ma maison à la campagne, mon jardin, mes chiens, écrire… Le monde bruyant et agité d’aujourd’hui ne m’intéresse pas. Si j’avais voulu le parcourir, je n’aurais pas choisi cette voie de l’écriture qui demande finalement beaucoup de solitude et de repli sur soi.

Timée m’a offert le billet me permettant aujourd’hui de m'envoler vers mes futurs lecteurs qui, je l’espère, seront au rendez-vous ! C’est le plus beau voyage qu’on pouvait m’offrir…

 

3 – On sent qu’il y a un grand effort de reconstitution historique, notamment dans les scènes de la vie quotidienne tout autant dans une tribu indienne que dans une famille pauvre dans l’Irlande du XIXème siècle, ou encore dans les combats entre Indiens et colons. Comment vous êtes-vous documentée ?

 

Pour les Sioux, l’Irlande au temps de la Grande Famine, New York, ce sont mes lectures. Le cinéma également, pour les ambiances, avec des films comme « Danse avec les loups », « Little Big Man », « Jeremiah Johnson », « Gangs of New York », etc. Je collectionne aussi beaucoup de peintures, d’images, de photos de Curtis... Ces scènes et ces visages du passé m’inspirent beaucoup. Finalement le cinéma, l’image, la musique, la littérature me nourrissent. 

Je ne pense pas que des connaissances historiques très pointues soient nécessaires pour écrire un roman comme le mien. Il faut d’abord aimer une chose pour bien en parler. Il faut ensuite  ressentir pour retranscrire avec sensibilité un passé révolu, se mettre à la place des personnages, se projeter dans leur monde, leur époque, leurs sentiments, leur façon de penser, de voir, d’entendre, de parler… C’est le plus important, le plus difficile aussi sans doute, car il faut s’oublier et se donner entièrement. C’est ainsi que les personnages deviennent « de chair ». Se documenter sur des dates, ou des événements, est aujourd’hui accessible à tout le monde grâce à Internet,  mais « le ressenti » est primordial et ne s’apprend pas (à mon sens). En cela la maturité est nécessaire. Un bon contenu doit surtout avoir une âme…

Les Indiens disent qu’un homme médecin de valeur doit avoir tout connu et vécu, les bonnes et mauvaises expériences et sentiments, les malheurs, les bonheurs…Qu’ils doivent être avant tout des hommes. Je pense que pour un auteur, c’est la même chose.

 

4 – En ce qui concerne le personnage de Jewell, peut-on parler de parcours initiatique ?

 

Oui.

Jewell O’Connor est pauvre et femme. A cette époque, les femmes n’étaient guère plus considérées que du bétail (et encore…). J’ai voulu, dans mon roman, tirer quelques portraits de ces femmes. Depuis son enfance, Jewell est victime, aussi d’une mère elle-même la proie de sa condition féminine dans une société despotique. C’est une destinée qui l’emprisonne jusqu’à sa rencontre avec les Sioux. Ce sont les « sauvages » qui la sauvent de la sauvagerie dans laquelle elle est alors  plongée. Ils vont lui apprendre ce qu’est l’amour et la dignité, et aussi à se construire une identité, physique et spirituelle. 

 

5 – Jewell est amoureuse de deux hommes qui sont issus de deux mondes différents, et qui plus est, deux peuples en guerre. Peut-on dire qu’elle est déchirée entre son ancienne et sa nouvelle vie ?

 

Jewell aime deux hommes, un Blanc et un Indien, mais de façon différente. Ces deux hommes sont les représentations des deux mondes que tout oppose, mais qui font partie d’elle. Son visage est blanc et son cœur est rouge ! Un univers va mourir pour laisser sa place à un autre. Jewell fait son choix. Un choix déchirant et suicidaire, sachant que le monde indien va disparaître…Ou plutôt s’endormir.

 

6 – Quels sont vos projets en matière d’écriture ? Envisagez-vous d’écrire d’autres romans ? La culture amérindienne sera-t-elle exploitée ?

 

Si les lecteurs me suivent dans cette aventure, je voudrais continuer à écrire l’histoire de Jewell O’Connor (qui se termine dans ce roman alors qu’elle n’a  que vingt ans, en 1865), et j’imagine une trilogie embrassant toute cette épopée Américaine, jusqu’à la fin de la résistance Indienne en 1890. Je voudrais aussi écrire un roman sur les Apaches, qui me fascinent, et qui ont été les derniers à opposer une farouche résistance au monde des Blancs. Le monde Indien est pour moi une source d’inspiration intarissable, comme toutes les cultures dites primitives desquelles nous avons beaucoup à (ré)apprendre.

 

Le 14 février 2008

 

 

   

 

 

Dans la lignée de sa collection des Plus Belles Histoires dont le premier titre est paru en octobre 2002, Timée-Editions édite depuis décembre 2005 des romans historiques qui permettent au lecteur de découvrir ou redécouvrir les grandes pages de l’Histoire du monde à travers des intrigues riches d’aventures, de rebondissements, de passion et de mystère.

 

Avec des ouvrages tels que Indiens, les premiers Américains et Peuples premiers, la question des peuples indigènes a toujours interpellé Timée-Editions. Le roman de Sylvie Wolfs s’inscrit dans cette volonté de traiter la question indienne sur fond d’affirmation de l’identité américaine. Alliant description d’un univers encore historiquement méconnu à une intrigue au rythme effréné, Sylvie Wolfs nous transporte dans un univers fascinant où la poésie de la spiritualité indienne se mêle à un talent de narratrice hors pair. Autant de raison pour nous, éditeur, de partager avec le public le plus large possible cette épopée au cœur de l’Amérique.

 

 

Lorraine AUFFRAY

   Directrice littéraire Timée Editions

 

 

© 2010 Sylvie Wolfs