Roman Western ?
 

 

"I can't see America any other way than with European's eye. Obviously, it fascinates me and terrifies me at the same time." 

Sergio Leone

ARTICLE 

Le roman western en France

 1969 => 2009 ?

Magazine littéraire

N° 34, novembre 1969. Juliette RAABE, p. 57

 

Les petits-fils de Fenimore Cooper :
le roman western en France

 

 

"Vieux de plus d'un siècle, le western, genre romanesque par excellence, n'a pas cessé de nous surprendre. Tandis que l'Amérique (et le monde entier) découvre avec délice sur ses écrans, les fastes cinématographiques du spaghetti-western, le lecteur français adulte est convié à en retrouver les perspectives imaginaires à travers de modestes pages de livres. Curieux phénomène : on voyait des westerns, on n'en lisait pas. Jadis pourtant nos grands-pères se délectaient, leur vie durant, de Fenimore Cooper et de Mayne Reid ou de leurs imitateurs prodiges : l'Allemand Karl May et le Français Gustave Aimard. Et puis, progressivement, ces classiques se trouvèrent refoulés dans le domaine spécialisé de la littérature enfantine et sombrèrent les uns après les autres. Récemment, Curwood, London, Cooper, Mayne Reid eux-mêmes n'émergeaient plus qu'à grand peine… Bottes, blousons de peau, blue-jeans encombraient pourtant plus que jamais nos placards, même si nous avions passé depuis longtemps les douze ans. Manque d'imagination peut-être ? Pour nous, le Far-West, cela se tâte, se porte, se regarde ou s'écoute, cela ne se rêve pas. Ou plutôt, cela ne se rêvait pas. Car la situation est en train de changer. Mois après mois, la collection Western-Masque gagne des étalages… et des lecteurs. La petite bande verte, marquée au label Western, orne de plus en plus souvent les volumes de la Série noire et vient concurrencer la bande jaune Espionnage. Albin Michel, Robert Laffont, publient romans ou nouvelles venus du Far-West.

Marabout possède son auteur spécialisé, le jeune Français Pierre Pelot*  : De soleil et de sang. Là, à portée de notre main, portative, peu coûteuse, disponible à toute heure, l'évasion s'ouvre devant nous. L'espace infini du désert balaie les pauvres terres cloisonnées de nos grandes villes. La Loi et l'Interdit s'affrontent au long d'une frontière mouvante au tracé toujours fluctuant. La violence explose, sans culpabilité. Le revolver, gadget du monde moderne, voisine avec le cheval, venu du passé. Au gré des pages, resurgissent les images poignantes et colorées tant de fois contemplées dans les salles obscures. Là, un adolescent se dégrade peu à peu et devient un tueur (Le Desperado, Clifton Adams). Ailleurs, un éleveur s'efforce de sauver son troupeau pris par une tornade (Cyclone sur Matagorda, Louis L'Amour). Un "juste" se dresse seul contre une sinistre bande de hors-la-loi (Les Vautours, Brian Wynne Garfield), et un petit représentant de commerce dans l'Ouest se trouve mêlé, malgré lui, à de sauvages règlements de comptes (Alias Tire-au-but, John Reese). Ces thèmes, ces personnages et bien d'autres nous sont familiers, mais les subtiles combinaisons qui les mettent en scène sont inépuisables. Nous découvrons avec enchantement un genre littéraire à la fois sûr de ses règles et toujours renouvelé. N'est-il pas, depuis un siècle et demi, le plus grand genre populaire aux États-Unis ?  

 

Il était temps qu'il arrive jusqu'à nous." (Juliette RAABE 1969)

 

Et j'ajouterais juste ceci : il est temps qu'il revienne, non ?

A bon entendeur... (Sylvie Wolfs 2009)

 

 

 

Source

 

Le site de Pierre Pelot (cité dans cet article)

 

Quelques pistes de lectures

 

Autres pistes de lectures : Le blog de JM laherrère

 

 

© 2010 Sylvie Wolfs