Torture chez les amérindiens
 
 

 

 

La torture chez les amérindiens,

un acte rituel de rétribution. 

 

 

 

 Torture dans un tribunal de l'Inquisition, au XVI e Siècle

Les Européens connaissent bien la pratique de la torture. Elle est couramment employée par les autorités judiciaires pour obtenir des aveux de suspects. Les tribunaux de Nouvelle-France recourent parfois à ces pratiques. En Europe, les exécutions publiques de condamnés peuvent donner lieu à d'horribles spectacles de torture. Les tribunaux de l'Inquisition l'appliquent sans merci à de présumés hérétiques au nom du christianisme, comme le montre cette gravure.  

 

 

 Si, chez plusieurs peuples amérindiens, il suffisait de « toucher » un ennemi sans le tuer pour prouver sa bravoure, l'un des principaux objectifs de la guerre consistait à capturer et à ramener vivants quelques guerriers de l'autre camp.  Le captif savait ce qui l'attendait et c'était avec stoïcisme qu'il subissait des tourments qui pouvaient se prolonger durant plusieurs jours.  La torture était considérée, dans la plupart des sociétés amérindiennes, comme un acte rituel de rétribution et, comme telle, demeura absolument hors de la compréhension d'un Français ou d'un Anglais du XVIIe siècle.

Le sort que les Amérindiens réservaient à leurs prisonniers a été le sujet d'innombrables récits depuis 500 ans, récits d'une lecture insoutenable, la plupart du temps, tant est grande la cruauté qui s'y manifeste.  Les Iroquois et les Sioux n'allaient-ils pas jusqu'à crucifier des enfants captifs ?  Encore faut-il faire des distinctions.  Chez les Iroquois, ou les Apaches, où la torture rituelle était la plus répandue, nombre de prisonniers ne terminaient pas leurs jours au poteau de supplice, mais était tout bonnement adoptés par les familles de leurs ennemis et jouissaient des mêmes privilèges que les membres de ces dernières.  Quant aux Abénaquis, ils préféraient garder leurs prisonniers comme esclaves plutôt que de les faire périr à petit feu.

 

 

 

 

Guerrier amérindien brandissant un scalp
Cette gravure montre une vision européenne classique de la pratique du scalp. Cette pratique, répandue chez les Amérindiens des forêts et des plaines, remonte au début du XVIe siècle au moins. Les scalps sont considérés comme des trophées de guerre et font partie d'un rite de châtiment des ennemis.

 

 

Il est une autre pratique amérindienne sur laquelle les Européens jetèrent l'anathème : le cannibalisme.  Les Amérindiens consommaient parfois le cœur ou d'autres parties du corps d'un ennemi qu'ils avaient jugé particulièrement brave face à la souffrance et à la mort, au lieu de simplement le jeter aux ordures, afin de s'approprier son courage et parce qu'ils le croyaient digne d'être perpétué de cette manière.  Si cette macabre coutume pouvait avoir un sens dans certains cas, il y eut d'autres occasions où la déraison l'emporta.  Tel cet infortuné prisonnier qu'ils éventrèrent sans rituel afin de pouvoir s'abreuver de son sang et manger son cœur « encore chaud » 1.

La coutume de lever des scalps, c'est-à-dire d'arracher la chevelure d'un ennemi en découpant le cuir chevelu, semble très ancienne.  Dès 1535, un explorateur remarqua « les peaux de cinq têtes d'hommes » 2 à Hochelaga.  Cette pratique était fort répandue, aussi bien chez les Amérindiens des forêts que chez ceux des plaines.  Le scalp était de toute évidence un trophée de guerre.  S'il était prélevé sur un blessé, la victime avait peu de chances de survie.  On préférait couper la tête du vaincu et l'emporter; mais si l'on était trop encombré, on enlevait simplement la chevelure.  Telle aurait été l'origine de cette horrifiante coutume.

Horrifiante aux yeux des Européens, qui la condamnaient à grands cris.  Il se pratiquait pourtant à ce sujet une morale bien douteuse durant les guerres coloniales.  En effet, à partir de la fin du XVIIe siècle, les autorités de la Nouvelle-Angleterre offrirent des primes importantes pour les scalps de leurs ennemis.  Les Français, dont les chevelures se trouvaient ainsi mises à prix, rétorquèrent en faisant de même pour celles des Britanniques, bien que la valeur de leurs primes n'ait été qu'un dixième de celles payées par les Anglais.  En fait, ils préféraient consacrer leur argent à racheter aux Amérindiens les Blancs qu'ils gardaient en captivité.  Enfin, il arriva que des combattants blancs des deux côtés s'adonnèrent eux-mêmes à lever des scalps.  En réalité, sous leurs protestations officielles, les autorités coloniales perpétuaient donc cette pratique dont ils faisaient porter l'odieux aux Amérindiens.

 

 

 

Massacre de la Saint-Barthélémy, 24 août 1569
Le massacre du 24 août et les journées sanglantes qui suivent montrent au monde entier les horreurs que des Chrétiens « civilisés » peuvent commettre dans la ville de Paris, l'un des centres de la civilisation occidentale. Ces horribles scènes de torture et de carnage se répètent partout en Angleterre, en Allemagne, en France et dans d'autres pays durant les guerres de religion d'Europe.

 

 

Dans son excellent ouvrage conscracré aux Apaches "Nous étions libres comme le vent", David Roberts traite de façon très intelligente ce sujet de la torture (auquel il consacre un chapitre), et nous permet d'effleurer une mentalité qui reste, pour nos esprits européens, difficile à appréhender (et dont certains s'emparent pour démontrer la bestialité des Indiens).

 

Je cites quelques extraits de son livre (que je vous recommande tant il est passionnant) :

 

 

 

" Pour un Apache, la vengeance n'était pas le déchaînement illégal d'une fureur individuelle mais un devoir social, sacré. Il n'était pas nécessaire de tuer LE responsable, un autre membre de sa bande, de sa tribu ou de son peuple pouvait faire l'affaire. Quand un guerrier était tué, expliquait un informateur chiricahua (Apache), les hommes s'en allaient capturer deux ou trois Mexicains, et les livraient aux femmes pour qu'elles se vengent en le tuant. Les mutilations aggravaient le châtiment, car de même que Mangas Coloradas (un chef Apache tué et décapité) était condamné à demeurer éternellement sans tête, un ennemi démembré devait passer sa vie après la mort dans ce triste état. Ce que nous appelons torture avait aux yeux des Apaches le caractère d'un acte rituel. C'était une épreuve qui permettait à un guerrier ennemi de faire la preuve de son courage. Les Apaches appréciaient hautement la bravoure manifestée dans un cas désespéré, et un Mexicain ou un Anglo (Blanc) qui vendait chèrement leur vie, combattant vigoureusement jusqu'au bout étaient parfois honorés spécialement : ceux qui les tuaient leur écorchaient la main droite et le pied gauche, en témoignage de leurs prouesses"

 

"Pour tous les Apaches, la vengeance n'était pas une affaire de rancune personnelle, c'était le moyen de corriger un déséquilibre dans l'ordre du monde. Tuer un ennemi après que ceux-ci avaient tué des membres de la tribu était un devoir sacré .... La conception de la vengeance était apparentée à la Némésis grecque 3"

 

 

 

1 Maylen, John. Gallic Perfidy : A Poem, Boston, 1758, p. 15. « Then with extended Jaw, the beating Heart, (Yet warm with parting Life) varacious swallow'd, and swill'd the Blood, and revell'd on the Carcase ». Cette scène se déroula à Montréal en 1757. Ce fut l'un des prisonniers du siège du fort William Henry qui connut ce sort. Les Amérindiens s'étaient au préalable enivrés.

2 Les Voyages de Jacques Cartier, p. 203

 

3 Dans la mythologie grecque, Némésis est la déesse de la Vengeance, au service d'Héra. Elle représente la justice distributive et le rythme du destin. Par exemple, elle châtie ceux qui vivent un excès de bonheur chez les mortels, ou l'orgueil excessif chez les rois. Elle fut aimée de Zeus et pour échapper à son étreinte, elle se transforma en oie ; mais lui se changea en cygne. Elle pondit un œuf qu'elle confia à Léda et duquel naquit deux paires de jumeaux : Hélène et Clytemnestre ainsi que Castor  et Pollux.

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© 2010 Sylvie Wolfs